—Mon cher comte, dit Pardaillan, pardonnez-moi d'avoir ramené vos pensées vers ces pénibles scènes... Mais, dites-moi... pouvez-vous me dire quel était cet objet que la reine regardait en mourant?
Marillac alla à une armoire, dont il portait la clef sur lui et, l'ouvrant, il en tira un coffret d'or qu'il posa sur une table.
—Ce coffret, chevalier, m'a été donné par une personne auguste. Je l'avais à mon tour offert à la reine de Navarre, qui s'en servait pour y mettre ses gants... Sans aucun doute, la pauvre reine, en mourant, a voulu me dire de reprendre ce coffret qui se trouvait sur la cheminée de sa chambre et de le garder comme un double souvenir... le souvenir de mes deux mères.
—Ainsi, dit lentement le chevalier, c'est la reine Catherine qui vous a donné ce coffret?
—Oui, mon ami, dit Marillac en frissonnant.
Les deux hommes se regardèrent.
Et, sans doute, chacun d'eux put lire chez l'autre la pensée terrible qui l'agitait, car tous les deux pâlirent et détournèrent les yeux.
Marillac demeurait tremblant, les mains crispées sur le coffret d'or. Il baissa la tête. Et, soudain, le mystère de sa pensée monta jusqu'à ses lèvres, comme s'il n'eût pu le contenir davantage. Hagard, livide, il murmura:
—Mon sang... je le donnerais jusqu'à la dernière goutte... pour savoir la vérité... oh! chevalier... cette vérité... Ce n'est pas possible!... Ce serait trop horrible que ce coffret ait été l'instrument de mort... que Catherine, ma mère, ait tué Jeanne, mon autre mère... et que moi... moi... leur fils à toutes deux... aie porté à l'une le poison que lui envoyait l'autre!
—Comte! Comte! s'écria le chevalier, vous avez raison... ce serait trop horrible...