—Qu'il meure! dirent-ils tous d'une voix.

Le roi se leva de son siège et se mit à marcher à pas précipités dans l'oratoire, essuyant, à grands revers de main, l'abondante sueur qui coulait sur son visage.

Catherine le suivait des yeux dans ses évolutions. Sa main, cette main de femme encore fine et belle, s'était crispée au manche de la dague qu'elle portait toujours à sa ceinture. Une double flamme d'un feu sombre jaillissait de ses prunelles grises; ses sourcils s'étaient contractés; toute sa personne se raidissait dans une tension de volonté portée au paroxysme.

Charles IX allait et venait, murmurant des mots sans suite.

La reine le vit s'arrêter au pied du grand Christ d'argent massif sur sa croix d'ébène. Catherine fit trois pas, et, levant ses deux bras vers la croix, d'une voix rauque, empreinte d'une étrange exaltation, elle cria:

—Maudis-moi, Seigneur! Maudis-moi d'avoir porté dans mes flancs un fils qui méprise ta loi, résiste à tes ordres et, sous ton divin regard, songe à jeter bas ton temple!...

Charles, les cheveux hérissés, recula et gronda:

—Vous blasphémez, madame!...

—Maudis-moi, Seigneur! continua Catherine fanatisée par l'excès de l'effort, maudis-moi de ne pas trouver les paroles qui doivent convaincre le roi de France!

—Assez! Assez, madame!... Que voulez-vous?...