Il était très beau.

C'était le vivant portrait de sa mère, Anne d'Esté, duchesse de Nemours. Il avait donc cette beauté mâle et régulière de la superbe Italienne qui avait peut-être dans les veines un peu du sang de Lucrèce Borgia.

Cette filiation éclatait sur son visage en orgueil et en dédain.

Il s'habillait magnifiquement, entretenait une maison plus fastueuse que celle du roi; il portait au cou un triple collier de perles d'une inestimable valeur, et la garde de son épée était constellée de diamants; les soieries les plus chatoyantes, les velours les plus fins composaient son costume. Il penchait un peu la tête en arrière et fermait à demi les yeux pour parler aux gens, comme s'il eût voulu laisser tomber sa parole de plus haut. Sa certitude de monter sur le trône de France était, à cette époque, absolue.

D'où lui venait cette certitude qui, seule, lui donnait cette superbe confiance, cette morgue fastueuse, cet orgueil intraitable? Nous l'allons dire.

Notons, en passant, que ce magnifique cavalier qui éclipsait jusqu'au duc d'Anjou en élégance, que ce type achevé de la beauté, connut toute sa vie la singulière destinée d'être outrageusement trompé par sa femme: les amants se succédaient dans son lit, et toujours le duc de Guise montrait la morgue d'un être à demi divin que le ridicule ne saurait atteindre.

Si Henri de Guise tenait de sa mère la beauté du visage et la noblesse outrée des attitudes, il tenait de son père la froide cruauté.

François de Lorraine, duc de Guise et d'Aumale, prince de Joinville et marquis de Mayenne, avait tué quelquefois pour le seul plaisir de tuer,—comme à Vassy; sans coeur, sans esprit, sans entrailles, tel avait été l'illustre, le magnanime, le brave François de Guise, que les écrivains se sont toujours efforcés de présenter comme un modèle de vertu civique et guerrière.

La reine, ayant essayé de faire baisser les yeux à son redoutable interlocuteur, résolut d'abattre au moins pour un temps ses espérances.

—Monsieur le duc, dit-elle d'une voix glaciale, on vous a sans doute appris que le roi votre maître s'est décidé à débarrasser le royaume des hérétiques qui l'encombrent.