—Imbécile! Qui te parle de l'égarer?... Trois mille livres! dit Pardaillan.

Et, prenant le soldat par le bras, il l'entraîna au fond d'un cabaret voisin. Le soldat suait à grosses gouttes.

Il pâlissait, il rougissait.

—Est-ce bien vrai?» murmura-t-il quand ils furent installés devant une bouteille.

Pardaillan vida sa ceinture et dit:

—Compte!

Le soldat, ébloui, étouffa un rugissement. Jamais il n'avait vu tant d'or. C'était une fortune qu'il avait là devant lui. Haletant, il remit la lettre à Pardaillan et, sans compter, remplit d'or ses poches. Puis, comme dans un coup de folie, il se leva, gagna la porte et disparut. Pardaillan haussa les épaules et, tranquillement, décacheta la lettre dont il était dès lors le maître.

Elle contenait ces mots:

«Monseigneur, une voiture de voyage fermée s'est presentée à la porte Saint-Antoine, escortée par une douzaine de cavaliers. Le maréchal de Montmorency était là. Il a paru très contrarié de ne pouvoir passer. Je crois avoir reconnu les deux aventuriers que vous m'avez signalés. Je fais suivre la voiture qui, je suppose, regagne l'hôtel de Montmorency. J'ose espérer, monseigneur, que vous brûlerez ce billet aussitôt reçu et que vous n'oublierez pas celui qui vous envoie cet avis.»

«Ah! ah! fit Pardaillan. Je sais maintenant ce que signifie l'ordre du roi de faire fermer toutes les portes de Paris!...»