Pardaillan demeura pensif. Cette mystérieuse bohémienne excitait sa curiosité. Il songea à la douleur de Charles d'Angoulême. Il se dit que, s'il pouvait retrouver la piste de la disparue, s'il pouvait créer ce bonheur de deux amants réunis grâce à lui, ce lui serait une joie presque aussi puissante que de retrouver Maurevert.
Il se mit donc en route pour l'auberge de l'Espérance et y pénétra au moment même où l'hôte fermait les portes, à cause du couvre-feu qui sonnait. Mais, pour certains cabarets borgnes de Paris, la fermeture n'était qu'apparente.
En entrant, le chevalier vit que la salle était occupée par une vingtaine de buveurs, hommes ou femmes, et il alla s'installer à une table, comptant se renseigner aussitôt auprès de l'hôte. L'honorable assemblée qui s'abreuvait se composait, bien entendu, de truands et de ribaudes. L'une de ces femmes, voyant le chevalier prendre place à une table isolée, quitta le groupe dont elle faisait l'ornement, pour s'approcher de Pardaillan. Elle s'assit devant lui, les coudes sur la table, et se mit à rire.
Devant ce rire, Pardaillan demeura grave et paisible.
—Par la tête et le ventre! cria à ce moment l'un des buveurs, veux-tu venir ici, Loïson!
Le chevalier tressaillit et pâlit. Ce nom fit monter à son cerveau une bouffée de souvenirs.
Tu t'appelles Loïson? demanda-t-il à la ribaude.
Loïse, mon prince...
Un instant, il ferma les yeux. Puis il secoua la tête.
—Ah! ça, gronda le buveur, truand trapu à la tignasse rouge, faudra-t-il que je vienne te chercher?