—C'est bon. Rougeaud, grommela la ribaude, laisse-moi gagner ma vie, et la tienne!
—Tenez, ma fille, dit Pardaillan avec une grande douceur, prenez cet écu et allez boire avec votre ami le Rougeaud...
Loïson fut stupéfaite. Elle prit l'écu que le chevalier lui tendait et chercha comment elle pourrait remercier une pareille générosité. Alors elle murmura:
—Je demeure dans la rue, la porte en face du cabaret...
Ayant ainsi fait preuve de reconnaissance, la ribaude se leva et rejoignit le Rougeaud qui, à la vue de l'écu, avait louché fortement et jeté un mauvais regard sur Pardaillan, lorsque, de différents côtés, des cris s'élevèrent.
—Ohé! cabaretier du diable, tu ne nous montres pas la diablesse rouge? grognait l'un.
—La bonne aventure! glapissaient des femmes.
—C'est bon, c'est bon, mes agneaux, répondit l'hôte, je vais la chercher, la femme au masque!...
—Qui est cette bohémienne qu'on vous réclame? demanda Pardaillan.
—Une malheureuse, une folle, mon gentilhomme! On me l'a laissée en gage. Figurez-vous qu'il y a quelques jours s'est installée dans mon honorable auberge une troupe de baladins. Ces gens mangeaient chacun comme quatre. En sorte que la note a pris en moins de rien des proportions mirifiques. Or, ils ont tout à coup disparu... Ces bateleurs ont oublié d'emmener la diseuse de bonne aventure. Et, pour me rembourser de mes frais, tous les soirs j'oblige cette femme à raconter à chacun la petite histoire qu'elle lit dans les mains: il en coûte deux deniers par personne, et comme de juste...