—Oui, dit la bohémienne, ici je respire. Ici j'étouffe moins sous le poids des pensées qui, là-bas, tourbillonnaient autour de ma tête comme des oiseaux funèbres... Pensées de folie, sans doute. Que suis-je?... Saïzuma, pas autre chose. Je suis Saïzuma. Voulez-vous que je vous dise la bonne aventure?
Pardaillan offrit sa main à la diseuse de bonne aventure.
—Si j'aimais un homme, dit Saïzuma, moi qui n'aime pas, qui n'ai jamais aimé, et qui n'aimerai jamais, si j'aimais un homme, je voudrais qu'il eût une main pareille à la vôtre. Vous êtes gueux, peut-être, et vous êtes prince parmi les princes. Vous portez en vous le malheur, et vous semez autour de vous le bonheur...
—Par Pilate! songea le chevalier. Je porte en moi le malheur?... C'est ce qu'il faudra voir. Voyons, pauvre femme, reprit-il, puisque vous paraissez me témoigner quelque confiance, voici une maison ou c'est un devoir d'accorder l'hospitalité à ceux qui sont errants. Il faut vous y reposer deux ou trois jours. Je viendrai vous chercher.
—Alors, je consens à m'arrêter ici, dit Saïzuma.
Le chevalier, craignant que la folle ne revînt bientôt sur sa détermination, s'empressa d'aller agiter la grosse cloche du couvent. Une femme parut, qui ne portait pas le costume de religieuse et qui, apercevant un gentilhomme de bonne mine, eut un étrange sourire et fit un geste comme pour l'inviter à entrer.
—Pardon, dit le chevalier étonné, c'est bien ici l'abbaye des Bénédictines de Montmartre? Je ne me trompe pas?
—Vous ne vous trompez pas, monsieur, dit la femme.
—Ma digne femme, ce n'est pas pour moi que je vous demande l'hospitalité, mais bien pour cette infortunée...
La soeur examina la bohémienne d'un coup d'oeil rapide, et dit: