—Parlez clairement, dit Fausta impérieuse. Voyons, qu'avez-vous entrevu?

—Que vous avez condamné cette Violetta à mourir.

—Elle est jugée. L'exécution n'est que retardée.

—Oui!... Mais ce n'est pas tout, reprit Claudine de Beauvilliers, il m'a semblé que, si cette exécution était retardée, c'est que la petite Violetta ne devait pas seulement mourir... et qu'avant la mort.. elle devait...

—Avant qu'elle ne meure du corps, dit gravement Fausta, je veux qu'elle meure de l'âme. Voilà ma pensée. Et voilà ce que vous n'osez dire parce que la faiblesse de votre esprit vous montre une faute où il n'y a qu'une nécessité: que cette vierge devienne une fille impure.

L'abbesse des Bénédictines s'inclina.

—Quand cela sera, reprit Fausta, vous me préviendrez...

Claudine de Beauvilliers fit une nouvelle révérence, presque un agenouillement, puis se retira.

—Elles n'osent pas parler, murmura Fausta quand elle fut seule, et elles osent le reste! Moi, vierge, qu'aucune pensée d'amour n'a jamais troublée, je sais dire ce qu'il faut, et j'emploie les mots nécessaires...

Elle s'arrêta court. Son visage pâlit soudain. Et son sein se souleva. Un instant, son regard éperdu demeura fixé sur une image qui, sans doute, flottait devant ses yeux...