Jacques Clément tendit ses bras raidis vers l'apparition. Toute terreur avait disparu de son esprit...
—Parle! dit-il d'une voix d'extase, parle encore!
L'ange eut un imperceptible sourire de malice et dit;
—Je suis le messager du Dieu tout-puissant et te viens avertir des ordres divins. Jacques, Jacques! écoute... Là-haut, la couronne du martyre se prépare pour toi... Et, ici-bas, c'est la couronne d'amour qui t'est promise!...
—Que dois-je faire? s'écria le jeune moine transporté.
—Tu dois accomplir l'acte suprême qui délivrera le peuple de France... le peuple de Dieu: tu as été choisi pour frapper Valois... Par toi le tyran doit être mis à mort...
A ces mots la forme blanche de l'apparition s'enfonça dans les ténèbres. Le moine tomba la face contre les dalles. L'épouvante le reprit comme avant la vision.
Une heure se passa avant qu'il pût reprendre ses esprits. A peu près calmé, il parvint à se relever péniblement... Alors, il se demanda s'il n'avait pas rêvé.
Et, comme il se mettait en marche, son pied heurta un objet qui rendit un son clair. Il se baissa, le ramassa, et un grondement de joie furieuse, de terreur aussi, expira sur ses lèvres bleuies... Cet objet... c'était la dague que l'ange tenait à la main pendant l'apparition!... L'ange lui avait laissé une preuve matérielle de sa descente sur la terre!...
«Oh! rugit le moine en serrant la dague dans sa main convulsée, je n'ai pas rêvé! J'ai le droit de l'aimer!... Car voici l'arme, avec laquelle je dois tuer le tyran!...