Égaré, titubant, il regagna en courant sa cellule, et tomba sur sa couchette, la dague dans sa main crispée.
XVIII
LE MOULIN DE LA BUTTE SAINT-ROCH
Picouic et Croasse avaient réalisé leur rêve et vu leurs efforts couronnés d'un plein succès: ils avaient été promus à la dignité de laquais de M. le duc d'Angoulême. Pardaillan et le jeune duc vivant d'une vie commune pour le quart d'heure, les anciens hercules de Belgodère s'étaient d'autant plus tenus pour satisfaits qu'en devenant les laquais de Charles d'Angoulême ils espéraient être surtout les écuyers de Pardaillan pour qui ils éprouvaient une admiration sans bornes.
Le lendemain de cet heureux jour où les deux pauvres diables trouvèrent ce que Picouic avait justement appelé une position sociale, le chevalier de Pardaillan et le jeune duc sortirent dans l'intention de se rendre à l'abbaye de Montmartre pour essayer de tirer quelques renseignements de la bohémienne Saïzuma. Picouic et Croasse, fiers comme deux Artaban dans leurs habits neufs, et d'ailleurs armés jusqu'aux dents, suivaient leurs maîtres à dix pas.
Tout en donnant la réplique à Charles qui ne parlait, on s'en doute, que de Violetta, Pardaillan songeait à ce Maurevert qu'il était venu chercher à Paris après l'avoir cherché en Provence et en Bourgogne. Tout à coup, il le vit à quinze pas à peine, qui marchait devant lui, accompagné d'un homme.
Pardaillan pâlit légèrement. Ses yeux se plissèrent et sa main se crispa sur la garde de sa rapière.
Ce n'était pas ainsi que Maurevert devait mourir!...
—Qu'avez-vous, cher ami? lui demanda le petit duc. Vous êtes tout pâle.
—Rien, fit Pardaillan. Seulement, si vous voulez bien, nous remettrons à plus tard notre voyage à Montmartre.