—Soit. Que ferons-nous donc?...

—Suivre ces deux hommes qui marchent là devant nous...

Il fallait que Maurevert fût distrait par une bien puissante préoccupation. Car lui qui, d'ordinaire, avait constamment les yeux et les oreilles aux aguets, semblait avoir oublié tout un monde pour s'absorber dans l'audition de ce compagnon qui lui parlait à voix basse. Cet homme était une façon de garçon meunier. Mais son oeil exercé, sous ce costume, eut vite reconnu l'homme de guerre. Cet homme, en effet, c'était Maineville, l'âme damnée du duc de Guise. Et Maineville disait:

—Le duc n'y croit pas. Malgré la précision de la lettre qui lui dénonce la chose, il ne veut pas croire...

—Et pourtant, reprit Maurevert, cette lettre lui vient de cette femme mystérieuse...

—A laquelle il obéit comme si elle était une souveraine, oui. Il faudrait, Maurevert, que nous sachions qui est au juste cette Fausta.

—Nous le saurons. Et tu dis, Maineville, que c'est elle qui lui a écrit la chose?... Si c'était vrai, Maineville!...

—Ce serait la royauté assurée pour monseigneur le duc... car il ne lui manque que l'argent. Dans une heure nous saurons si la lettre a dit vrai!... Mais enfin, si c'est vrai?...

—Eh bien, dit Maineville, nous courons prévenir le duc, qui sait ce qu'il aura à faire.

Alors les deux hommes hâtèrent le pas. Ils franchirent la porte Saint-Honoré et se dirigèrent vers une pauvre petite chapelle qui était dédiée à saint Roch. Elle se dressait au pied d'une butte qui, en conséquence, s'appelait butte Saint-Roch. Au sommet de la colline, un joli moulin présentait ses grands bras ailés au souffle des brises. A la chapelle Saint-Roch commençait un sentier rocailleux, fort étroit, et les ânes qui portaient le blé au moulin n'y pouvaient passer qu'un à un. Or, au moment où Maurevert et Maineville arrivaient à la chapelle, un spectacle extraordinaire s'offrit à eux.