Sur le sentier, des mulets cheminaient et grimpaient à la file, d'un sabot hardi; ces mulets portaient chacun un grand sac qui pouvait contenir de la farine ou du blé. Ils étaient conduits par une dizaine de muletiers qui ressemblaient à des muletiers comme Maineville pouvait ressembler à un garçon meunier. Ces gens, poussiéreux et hâlés par le soleil comme s'ils eussent fait une longue étape, portaient à la ceinture de forts pistolets d'arçon et des dagues fort aiguisées.

—Ah! ah! fit Maineville, voilà bien la troupe des mulets signalée dans la lettre.

—Voilà du blé qui doit valoir son pesant d'or, dit Maurevert, dont les yeux étincelaient.

—C'est ce dont il faut nous assurer.

Ils atteignirent le sentier, à hauteur du dernier mulet derrière lequel marchait le dernier muletier de l'escorte.

—Au large! dit le muletier d'une voix menaçante.

—Un instant, mon officier, intervint Maineville, ce brave homme ignore que je suis l'un des garçons du moulin et que vous êtes, vous, l'officier des meuneries royales. Allons, l'ami, nous t'escortons jusque là-haut.

—Vous êtes garçon meunier? fit le muletier en jetant un regard soupçonneux sur Maineville.

—Il me semble que cela se voit assez, et ce gentilhomme que tu vois là est proposé au droit de mouture.

—Et, de par mes fonctions, dit Maurevert, je veux voir quelle qualité de blé contient ce sac.