Le muletier vit que ses camarades avaient marché pendant cette discussion; il parut un instant vouloir les rappeler; mais sans doute il se ravisa à la réflexion, car il reprit d'un ton de mauvaise humeur:

—Faites votre office. Je vais vous montrer mon blé.

Et il commença à défaire la cordelette qui nouait la tête du sac. Comme pour l'aider, Maineville se précipita et bouscula l'homme; le sac s'ouvrit, l'orge se répandit sur le sentier, et le sac n'ayant plus de contrepoids tomba de l'autre côté. Le muletier, sans un mot, se rua. Mais déjà Maurevert avait plongé la main dans le sac à moitié délesté, et avait constaté au fond la présence d'un deuxième sac qu'il tâta rapidement.

Il se releva comme le muletier arrivait sur lui... Maurevert était tout pâle; ce deuxième sac, à son toucher, avait rendu un son de métal... et, sous ses doigts, il avait senti des formes dures qui ne rappelaient que vaguement l'orge ou tout autre grain... c'étaient des ducats ou des écus!...

—C'est bien, dit-il froidement. Ramasse ton blé, mon brave homme.

Le muletier, sans répondre, tira un de ses pistolets et l'amorça. Les deux hommes bondirent. Comme ils avaient gagné une vingtaine de pas, Maurevert sentit un choc au-dessus de sa tête, et son chapeau tomba: c'était le muletier qui venait de tirer... Maurevert et Maineville disparurent bientôt, et le muletier murmura:

—Qui sont ces deux hommes?... Ont-ils dit la vérité!... Je ne crois pas qu'ils aient eu le temps de...

Il plongea sa main au fond du sac et, ayant constaté que son contenu métallique était toujours en place, il se rassura, rechargea le sac sur le mulet et rejoignit ses camarades au moulin. Au pied de la butte, contre une haie vive, Maurevert et Maineville s'étaient arrêtés.

—Trente mulets chargés d'or! dit Maurevert. Car il est évident que les vingt-neuf premiers sacs contiennent au fond ce que contient le trentième.

—Oui... Il y a peut-être là plusieurs millions, dit Maineville, pensif.