Pardaillan, lui, s'engagea dans l'étroit sentier qui, une heure plus tôt, avait été suivi par les trente mulets. A son grand étonnement, le sentier était libre. Il put parvenir sur le plateau sans avoir été arrêté par aucune des sentinelles qu'il s'était attendu à rencontrer.
«Est-ce que les mulets portaient vraiment de l'orge? songea-t-il. Est-ce que toute cette histoire de sommes d'argent au fond des sacs ne serait qu'une chimère?...»
Les abords du moulin ne semblaient rien annoncer d'extraordinaire. II entra dans le logis du meunier, dont la porte était ouverte.
«Décidément, Maurevert a rêvé», grommela-t-il en frappant du pommeau de sa rapière sur une table.
A cet appel, une servante apparut, et, d'un air étonné, s'enquit de ce que désirait ce visiteur armé de pied en cap, et tel que le moulin n'en avait jamais dû voir.
—Ma mignonne, dit Pardaillan, je voudrais parler à votre maître pour une affaire de farine, une affaire d'or...
—Ah! ah! fit un homme qui entrait à ce moment, une affaire d'or, dites-vous, mon gentilhomme?
Et le maître meunier fixa sur Pardaillan un regard vif et perçant.
«Je veux simplement vous acheter quelques sacs de blé, mais en vous les payant dix fois le prix habituel. Et notez qu'il m'en faut trente sacs. Vous le voyez, c'est une fortune... Et je ne mets au marché qu'une condition: c'est de choisir moi-même mes sacs.
—C'est trop juste, dit le meunier qui, alors, sans avoir l'air de le faire exprès, referma la porte d'entrée.