—Vous pouvez même pousser le verrou, mon brave, fit Pardaillan, narquois. Surtout, quand vous saurez que les sacs que je veux vous acheter sont justement les trente qui vous ont été apportés tout à l'heure par trente mulets.
A ces mots, le meunier jeta un cri d'appel, et, de la pièce voisine, les muletiers, poignards et pistolets aux poings, firent irruption. Pardaillan tira sa rapière et le combat allait s'engager, lorsqu'une voix forte retentit:
—Bas les armes!...
Les muletiers et Pardaillan s'arrêtèrent. Et, alors, entra un grand vieillard à l'attitude hautaine, qui fit un geste de commandement. Les muletiers et le meunier disparurent. Pardaillan rengaina son épée. Le vieillard le considéra avec attention, puis il dit:
—Monsieur, je suis le maître de ce moulin. C'est donc avec moi que vous devez traiter.
—Monsieur, dit Pardaillan, je crois inutile d'employer avec vous les détours. Je commence donc par vous déclarer que j'ai surpris votre secret: les mulets qui sont montés ici étaient chargés d'or.
—C'est exact, monsieur: il y en a pour trois millions...
Pardaillan fit un geste d'indifférence. Le maître du moulin, ou celui qui se donnait pour tel, examina Pardaillan qui, de son côté, rendait examen pour examen.
—Pourquoi, demanda tout à coup le chevalier, avez-vous empêché ces dignes muletiers de foncer sur moi?
—Parce que votre figure m'a intéressé. J'eusse été fâché qu'il vous arrivât malheur. Et, dès l'instant où je vous ai vu monter le sentier et entrer ici, j'ai désiré vous connaître. Voulez-vous me dire votre nom?