—On m'appelle le chevalier Pardaillan. Et vous?

—Moi, je m'appelle M. Peretti, dit le vieillard après une courte hésitation.

—Savez-vous, demanda Pardaillan, qui étaient ces deux hommes qui ont eu querelle avec un de vos muletiers?

—Je crois avoir, de loin, reconnu l'un d'eux... le sire de Maineville, qui appartient à la maison de Guise... Et vous, monsieur de Pardaillan, reprit M. Peretti, n'êtes-vous pas au duc?

En parlant, M. Peretti fouillait les yeux de Pardaillan.

—Je vais vous dire, fit paisiblement le chevalier, dans quelle intention je suis monté au moulin. Je suivais justement M. de Maineville et son compagnon.

—Qui était ce compagnon? fit vivement M. Peretti.

—Vous avez deviné Maineville. Je vous ai dit mon nom à moi, parce que vous me l'avez demandé. Quant à celui que vous ne connaissez pas et que je connais, moi, son nom vous est inutile, je le garde pour moi. J'ai donc pu entendre la conversation de Maineville qui est à M. de Guise, comme vous l'avez dit. Or, ce que veut faire Maineville me déplaît fort, et je suis venu ici pour l'empêcher.

—Que veut-il donc faire?...

—Il veut aller dire à son seigneur et maître que les millions promis par le pape Sixte sont arrivés... Il paraîtrait donc que Sa Sainteté, après avoir promis, se dédit. Pourquoi? Je n'en sais rien, et peu m'en chaut. Seulement, Maineville veut revenir ici en force, s'emparer des précieux sacs de Sa Sainteté, porter à M. de Guise tout ce blé poussé à l'ombre du Vatican et que le duc convertirait en un gâteau royal. Et cela m'ennuie. Je suis venu dire au meunier du céans: «Brave homme, ce soir on t'enlèvera ton trésor... à moins que je ne m'en mêle». J'ai donc fait signe à deux ou trois hardis compagnons qui, avec moi, seront là pour recevoir dignement les envoyés de M. le duc de Guise.