Pardaillan vit qu'il était seul!...

Seul contre deux ou trois cents gentilshommes... Seul contre cinq ou six cents gardes!.. Seul contre vingt mille furieux qui couvraient la Grève...

Pardaillan sourit...

—O vous que j'aime, murmura Charles, que ma dernière parole soit une parole de bonheur... je vous aime!...

—O mon beau prince, dit Violetta extasiée, je vous aime, et mon bonheur est grand de mourir dans vos bras...

A cet instant, l'immense clameur de mort et de joie affreuse devint de nouveau une clameur d'épouvante... Les gentilshommes fuyaient, les gardes fuyaient, le peuple fuyait... Et, seule maintenant sur l'estrade, Fausta, haletante, rugissait une suprême imprécation de rage... Que se passait-il?...

Les chevaux de l'escorte, pris de folie sans doute, s'étaient débandés... Près de quatre cents chevaux lâchés, furieux, hennissant, ruant, affolés encore par les cris de détresse, renversant des groupes, les écartant, les culbutant de leurs poitrails, d'autres se heurtant, se mordant, tombant, se relevant et reprenant leur course insensée...

Comment?... Pourquoi cette folie soudaine?

A la seconde où les truands furent dispersés, où les gardes se reformèrent, où les gentilshommes se ruèrent, où Charles fut placé, jeté à cheval avec Violetta, Pardaillan bondit sur le laquais le plus proche de lui, et l'envoya rouler sur le sol d'une furieuse poussée; en même temps, il se mit à cravacher les chevaux de sa rapière: la rapière transformée en cravache cingla des croupes, fouetta des naseaux, zébra d'estafilades sanglantes des poitrails et des encolures...

Et les chevaux, fous de douleur, se cabrant, se dressant, se mordant et ruant, se précipitèrent en une galopade éperdue. Pardaillan s'élança sur un deuxième groupe; même manoeuvre, mêmes cinglements, même fuite enragée des bêtes affolées...