PARDAILLAN
Tandis que se décidait ainsi la destinée de Violetta dans ce rapide et sinistre entretien de Belgodère et du prince Farnèse, Charles d'Angoulême marchait au duc de Guise.
Le fils du roi Charles IX était bouleversé d'une terrible colère. Lorsque Guise avait parlé à voix basse à la jeune fille, il avait senti se lever dans son coeur un sentiment qui n'y était pas encore: la haine d'amour, la plus implacable des haines... Ce fut les poings serrés qu'il fonça dans les rangs pressés de la multitude silencieuse, attentive aux gestes et aux paroles de Guise, son héros, son idole!
Tout à coup, il se sentit saisi par le bras. Il se retourna vivement:
—Le chevalier de Pardaillan! fit-il avec joie.
—Oui, j'arrive à temps pour vous empêcher de faire une folie! fit Pardaillan. Où courez-vous de ce pas? Insulter monseigneur le duc?... Peste! vous êtes gourmand... Ils sont ici une armée de guisards!... Il n'y avait qu'un homme au monde capable de tenir tête à dix mille bourgeois qui enragent du désir de massacrer n'importe quoi... Cet homme est mort, mon prince: c'était mon père.
Tout en cherchant à étourdir Charles de ses paroles, Pardaillan essayait de l'entraîner hors de la foule.
—Pardaillan, gronda le jeune duc d'un ton de désespoir concentré, je veux parler à cet homme.
—Eh! par Pilate, la vie est bonne, au bout du compte! Je ne veux pas me faire égorger, moi!... Du moins, pas avant d'avoir dit ma façon, de penser à ce digne sire de Maurevert! Allons, venez, mordieu!...
—Allez donc, Pardaillan! murmura Charles, des larmes de rage aux paupières. Allez! Moi, je vais à Guise!