Le chevalier jeta sur le jeune homme un regard ou il y avait comme une tendresse de grand frère.

—Vous le voulez absolument! dit-il en saisissant une main de Charles.

—Je hais Guise! Malheur à lui, puisque je le trouve sur mon chemin!

—Amour! Amour! Folie et misère! grommela le chevalier. Tâchons de sauver ce jeune fou! Allons donc, ajouta-t-il tout haut, puisque vous le voulez! Mais, vrai Dieu, la conversation va être drôle! Giboulée, ma bonne vieille rapière, à toi la parole!...

Pardaillan se haussa sur la pointe des pieds, embrassa d'un rapide regard circulaire la foule énorme qui les enveloppait et se mit en marche!... A coups de coude, il se fraya un passage. En quelques instants, le chevalier et son jeune compagnon atteignirent le premier rang, et ils virent alors le duc de Guise, le roi de Paris, qui, hautain, livide, se tenait devant Grillon, et hurlait quelques mots qui se perdaient dans une furieuse acclamation de la foule...

La minute était tragique... Voici ce qui venait de se passer: Crillon—celui-là même que Charles IX, au siège de Saint-Jean-d'Angély, avait surnommé le brave—Crillon, brave et fidèle jusqu'à la mort, venait d'apprendre qu'Henri III avait fui de Paris. Et il était sorti de l'Hôtel de Ville où il était renfermé avec mille gardes et deux mille Suisses, pour rejoindre son roi!

Guise venait d'accourir! D'un signe, il enchaînait la foule idolâtre et la muselait. Et, alors, le duc s'avançait au-devant de Crillon. Le vieux capitaine, trapu, le visage sanglant, arrêta sa troupe, et, d'un geste rude, salua le duc.

—Je vois avec plaisir, dit Guise sur un ton mordant, que Louis de Crillon ramène ses gardes à Sa Majesté... C'est donc au Louvre que vous vous rendez?

—Vous faites erreur! C'est au roi que je me rends! éclata Crillon.

—Prenez garde, capitaine! gronda le Balafré, vous avez déjà commis une folle imprudence en sortant de l'Hôtel de Ville!