Maurevert étouffa un rugissement.

—Madame, fit-il, tout à l'heure je vous ai dit que je remettais ma vie entre vos mains; maintenant je vous dis que, le jour où vous me demanderez cette vie, vous me trouverez prêt à mourir pour vous...

«Maintenant il est à moi! songea Fausta. On obtient donc tout de la haine et rien de l'amour des hommes! Monsieur de Maurevert, reprit-elle gravement, je retiens vos paroles et m'en souviendrai dans l'occasion.

—Que cette occasion vienne donc, et vous me verrez à l'oeuvre. Mais, madame, ne vous semble-t-il pas qu'il est temps pour moi de rejoindre le duc de Guise?...

—Ne craignez rien. Aucune tentative ne sera commencée contre l'auberge de la Devinière sans mon ordre. Et c'est vous qui porterez l'ordre. Maintenant, écoutez-moi. Je sais que vous êtes pauvre. Je sais que le duc compte assez sur votre fidélité pour ne vous réserver que des emplois subalternes. Voulez-vous devenir riche? Voulez-vous acquérir à la fois l'argent et la haute situation à laquelle votre esprit libre peut prétendre?... Cent mille livres vous sont assurées dès demain si vous m'obéissez; et, dans l'avenir, un emploi important à la cour de France, quelque chose, par exemple, comme la capitainerie générale des gardes.

—Que faut-il faire? palpita Maurevert ébloui, subjugué...

Vous le saurez ce soir. Soyez ici à onze heures. Maintenant vous pouvez aller rejoindre le duc. Voici mes ordres en ce qui concerne votre ennemi... Pardaillan: le prendre vivant et le conduire à la Bastille Saint-Antoine. Ajoutez que je veux être prévenue dès que l'homme sera capturé.

—Vous serez prévenue par moi-même, dit Maurevert qui s'inclina, tout étourdi de ce qui lui arrivait.

Fausta fit un geste de hautaine bienveillance, et Maurevert, s'éloignant, sortit de la maison et reprit en toute hâte le chemin de la rue Saint-Denis. Quant à Fausta, si elle avait semblé conduire toute cette scène sans effort apparent, l'effort n'en était pas moins considérable, car, après le départ de Maurevert elle pencha la tête et la laissa tomber dans une de ses mains comme si elle eût été un moment accablée du poids de ses pensées.

«Pardaillan est pris, murmura-t-elle. Pris!... Conduit à la Bastille!... Est-ce de la joie ou de la terreur qui fait palpiter mon sein?... Pardaillan mourra sans que je l'aie revu...»