Comtois jeta autour de lui un dernier regard, comme s'il eût espéré la soudaine arrivée d'une ronde, puis, voyant toute résistance inutile, il ouvrit une porte près de celle par où l'on descendait aux sous-sols. Et, tous ensemble, ils commencèrent à monter. Au premier étage, dans une chambre spacieuse et assez bien aérée, se trouvaient trois jeunes gens qui dormaient de tout leur coeur et qui, au bruit de ces gens entrant dans leur prison, se réveillèrent, effarés.

—Messieurs, dit Pardaillan, veuillez vous habiller en toute hâte et me suivre.

—Bah! fit l'un, est-ce pour aller en place de Grève?

—Est-ce pour aller achever la nuit auprès de nos maîtresses? fit l'autre.

—C'est vous qui avez deviné, monsieur, dit Pardaillan.

A ces mots prononcés très simplement, les prisonniers firent un bond et, tout tremblants, sautèrent à bas de leurs lits. Celui qui avait parlé le dernier s'élança vers le chevalier et dit:

—Monsieur, écoutez-moi: voici M. de Chalabre, qui a vingt-deux ans; voici M. de Montsery, qui en a vingt; moi-même, marquis de Sainte-Maline, j'en ai vingt-quatre. C'est vous dire quelle affreuse cruauté ce serait de votre part de nous offrir la liberté à l'heure où nous attendons la mort, si cette liberté n'est qu'une ironie... Monsieur, nous sommes condamnés à mort par M. de Guise parce que nous sommes des gentilshommes fidèles à Sa Majesté... Par grâce! dites-nous la vérité: où nous conduisez-vous?

—Je vous l'ai dit, répondit Pardaillan avec une gravité empreinte d'une souveraine pitié.

—Nous sommes donc libres! haletèrent les infortunés jeunes gens.

—Vous allez l'être!...