L'homme parlait froidement; il ne faisait pas un récit; il faisait un rapport, voilà tout.

—Puis, continua l'homme, ils se sont séparés à nouveau. Le cardinal s'est assis dans un fauteuil et a fermé les yeux. Le bourreau s'est tenu debout dans l'angle opposé, regardant fixement devant lui. Enfin, sont arrivées les grandes souffrances. D'abord, des plaintes se sont élevées; puis ces plaintes sont devenues des cris; puis ces cris sont devenus des hurlements; la folie furieuse s'est déclarée; tous les deux se sont rués sur la porte qu'ils ont martelée de coups. Puis, peu à peu, après quelques heures de fureur, ils ont pleuré, ils ont demandé une goutte d'eau...

—Affreux! oh! c'est affreux! haleta Pardaillan.

—Continuez, dit simplement Fausta.

—Enfin, ils ont commencé de râler; les grandes souffrances sont passées et l'agonie, je crois, est bien proche.

Fausta se tourna vers Pardaillan, qui, livide, essuyait son front. Et elle dit:

—J'ai voulu, monsieur, vous faire savoir que ces deux hommes sont bien près de la mort...

Pardaillan fit un effort pour échapper à cette impression d'horreur qui venait de le paralyser.

—Qu'on ouvre la porte de leur chambre, qu'on ranime les deux condamnés. Qu'on les ramène à la vie et à la force par un prudent emploi de la liqueur qui nous sert en pareil cas. Puis, quand ils seront capables de marcher, qu'on les conduise jusqu'à la rue et qu'on les y laisse libres en leur disant que grâce leur est faite de par l'intercession de M. le chevalier de Pardaillan...

—Madame! murmura Pardaillan.