Ce n'était plus la statue glaciale et glacée. Ce n'était plus cette synthèse d'orgueil, cette figuration de majesté qui faisait courber les fronts et inspirait la terreur. Celle qui venait vers lui, c'était une femme dans tout l'éclat de la beauté qui s'exalte, dans toute la magnificence de l'amour qui se déchaîne et qui s'offre!...
Les yeux de cette femme, ces splendides yeux noirs pareils à des diamants noirs, versaient de la passion en jets de flamme. Ces yeux pleuraient. Des larmes lentes, silencieuses et brûlantes, qui s'évaporaient au feu des joues.
Pardaillan, des deux mains, s'appuya sur la garde de son épée dont la pointe s'appuyait au plancher. Il se tenait tout raide, dans une immobilité de stupeur.
Lorsque Fausta fut près de Pardaillan, palpitante, le sein soulevé par le tumulte de sa passion déchaînée, les yeux noyés d'une immense douleur, elle leva ses deux bras. Et ces bras, soudain, enveloppèrent le cou de Pardaillan... Et, quand elle le tint ainsi, tandis qu'un sanglot terrible râlait dans sa gorge, elle attira cette tête à elle... Et, alors, ses lèvres pâles, violemment, se posèrent sur les lèvres du chevalier...
La sensation brûlante de ce baiser fit tressaillir Pardaillan jusqu'au plus profond de l'être... mais ses lèvres, à lui, demeurèrent muettes!
Pardaillan reçut le baiser, le violent, le délirant baiser de la vierge. Et il ne le rendit pas... Pardaillan, jusqu'à son dernier souffle, devait aimer la morte!...
Fausta, lentement, dénoua ses bras et se recula...
Lorsqu'elle fut loin, presque au bout de la salle, près de disparaître, elle parla. Et sa voix parvint au chevalier comme une voix lointaine, peut-être une voix d'outre-tombe ou d'outre-ciel... Et voici ce qu'elle disait:
—Pardaillan, tu vas mourir... Non parce que tu t'es dressé devant ma puissance, non parce que tu m'as arraché Violetta, non parce que tu m'as combattue et vaincue... Pardaillan, tu vas mourir parce que je t'aime!...
Elle s'arrêta un instant. Le chevalier, toujours immobile et raide à la même place, toujours appuyé sur sa rapière debout devant lui, la regardait, l'écoutait, et il lui semblait voir une ombre qui s'évanouissait, il lui semblait entendre la musique d'un sanglot.