La voix d'ineffable douceur, mélopée d'amour et de douleur, qui sûrement était plus belle qu'une voix humaine, puisque Fausta, dans cette minute inouïe, s'élevait vraiment au-dessus de l'humanité. La voix reprit:

—Tu es aimé de celle qui n'a jamais aimé: la vierge d'orgueil et de pureté s'est humiliée devant toi; parce que je ne dois pas aimer, l'homme que j'aime doit mourir. Pardaillan, je pleure sur toi, et je te tue. Et, toi qui aimes la morte, toi qui as compris la gloire et l'harmonie de la fidélité, toi qui portes dans ton âme une morte, une morte vivante, tu comprendras le sens du baiser que la vierge a déposé sur tes lèvres. Puisque quelqu'un est entré malgré ma défense désespérée dans cette âme où nul ne devait pénétrer, celui que je porterai dans l'âme sera un mort, comme celle que tu portes, toi, une morte. Adieu, Pardaillan!

A ces mots, Fausta s'éloigna encore, ondoyante et flottante comme une ombre, puis, tout à coup, Pardaillan ne vit plus rien: il était seul; un silence funèbre, un silence de nuit profonde, pesait sur lui.

Mais il n'était pas homme à se perdre longtemps dans le rêve. Il ne tarda donc pas à reprendre pied sur terre, et, s'assurant que sa bonne rapière était toujours dans sa main, il sourit.

—Mourir! murmura-t-il. C'est bientôt dit. Mme Fausta, belle créature en vérité, et c'est dommage qu'un si beau corps renferme une telle méchanceté... m'assure que je vais être tué. Pourquoi? Parce qu'elle m'a embrassé. Par la tête et le ventre, le motif me paraît insuffisant, à moi!...

Cependant, comme la solitude et le silence continuaient à être aussi absolus que possible dans cette pièce, Pardaillan commença à se demander quel genre de mort lui réservait l'étrange magicienne.

Non sans essayer du pied le plancher à chaque pas, l'oeil au guet, la rapière au poing, il se dirigea vers la porte par laquelle il était entré, c'est-à-dire celle qui communiquait avec le Pressoir-de-Fer. Il essaya de l'ouvrir; mais il n'y avait là ni serrure ni verrou; la porte qui s'ouvrait au moyen d'un mécanisme devait se fermer de même; Pardaillan en acquit promptement la conviction.

Il faut pourtant que je m'en aille!

Et, résolument, il se dirigea vers le fond de la salle, vers cette tapisserie derrière laquelle avait disparu Fausta. Il souleva la tapisserie et se vit en présence d'un couloir désert... Où aboutissait ce couloir?

—Cordieu! murmura-t-il en s'avançant, il ne sera pas dit que j'aurai attendu ici le bon plaisir de cette damnée magicienne, comme un renard dans son terrier. En avant donc, et au diable le mystère!