LA MÈRE
La matinée était pure. Huit heures venaient de sonner à la vieille abbaye aux murs à demi écroulés. Dans les fourrés des pentes de Montmartre, les rouges-gorges, les pinsons et les moineaux chantaient à coeur joie.
Pourtant, Fausta, qui montait à ce moment les rampes de la colline, était sourde à ces cris des oiseaux.
Au sommet, la litière s'arrêta. Fausta descendit. Mais, au lieu d'aller sonner à la grande porte de l'abbaye, elle se dirigea vers ces quelques chaumières qui s'étaient bâties autour du couvent des bénédictines, et entra dans une pauvre maison. L'intérieur était aussi misérable que l'annonçait l'extérieur de cette chaumière.
Une femme, assise à la porte, filait une quenouille. A la vue de Fausta, cette femme se leva précipitamment:
—La bonne dame de Paris! avait murmuré la paysanne.
—Eh bien, bonne femme? dit gaiement la visiteuse. Déjà de si bonne heure à l'ouvrage?
—Hélas! ma noble dame! fit la paysanne. Voilà que je me fais vieille et que l'heure approche où il faudra que je dise adieu à ce monde,.. Alors, je file mon linceul.
Fausta demeura saisie. La vieille la regardait, surprise de son étonnement.
—Grâce à vous, ma noble dame, reprit-elle, grâce aux pièces d'or que vous m'avez données, mon linceul sera du plus beau lin, et il me restera encore assez d'argent pour payer d'avance les messes nécessaires au salut de mon âme, et encore il en restera assez pour la layette de l'enfant que ma fille va mettre au monde...