Fausta fut stupéfaite, mais résolut de profiter de ce qu'elle prenait pour un accès de lucidité.
—Léonore de Montaigues, dit-elle, oui, c'est moi qui vous ai parlé de l'évêque. C'est moi qui vous ai conduite vers lui, dans ce pavillon. Mais je croyais que, peut-être, vous l'aimiez encore...
—L'évêque est mort, dit Saïzuma d'une voix sourde.
Fausta baissa la tête, réfléchissant à ce qu'elle pourrait dire pour éveiller une étincelle de raison dans ce cerveau.
—Ainsi, reprit-elle, vous croyez que l'évêque est mort?
—Sans doute! fit Saïzuma avec une tranquillité farouche. Sans quoi, serais-je vivante, moi?...
—Eh bien, vous avez raison plus que vous ne croyez peut-être. Mais écoutez-moi, pauvre femme... Vous avez bien souffert dans votre vie...
—Mon mal n'est pas de ceux qu'on peut soulager, dit Saïzuma avec douceur, et il suffit que vous m'ayez plainte avec votre âme... Comme vous êtes belle!
—Léonore, vous avez été plus belle encore, vous! dit sourdement Fausta. Vous avez souffert dans votre coeur, Léonore! et c'est pourquoi vous ne croyez plus au bonheur... Mais si je vous disais que le bonheur est encore possible pour vous!
—Je ne suis pas Léonore; je suis Saïzuma, bohémienne qui va par le monde, lisant dans la main des gens...