Condamnée à mourir avec sa soeur Madeleine, une nuit, dans son cachot de la Bastille, elle avait vu soudain entrer des gens; elle avait cru que sa dernière heure était venue et qu'on venait la chercher pour la conduire au supplice. Mais une femme, un ange descendu dans cet enfer, où la pitié l'avait guidée, s'était penchée sur elle en disant:
—Jeanne Fourcaud, vous ne mourrez pas. Et non seulement vous vivrez, mais encore vous êtes libre...
—Et Madeleine? s'était écriée Jeanne.
—Madeleine, avait répondu la femme, est déjà délivrée et en sûreté...
Alors, ivre de joie, elle avait suivi sa libératrice. On l'avait conduite jusqu'à une litière qui se trouvait dans la sombre cour de la forteresse; on l'avait fait monter dans cette litière; un homme s'était installé près d'elle, la litière s'était mise en route, et ne s'était arrêtée que devant la porte de l'abbaye de Montmartre... là, on l'avait enfermée dans le pavillon de l'enclos...
Et puis, elle attendait... songeant à cette inconnue qui l'avait délivrée. Qui était cette femme?
Lorsque Jeanne Fourcaud parut devant Fausta, elle ne la reconnut pas, puisque Fausta portait un masque la nuit où elle était descendue dans les cachots de la Bastille. La pauvre petite était tremblante. Elle était bien jolie aussi.
—Je suis, dit doucement Fausta, celle qui est descendue dans votre cachot de la Bastille et vous a délivrée...
Jeanne jeta un cri de joie. Ses yeux s'illuminèrent. Elle s'avança rapidement, saisit une main de Fausta et la baisa...
—Oh! madame! murmura-t-elle, combien je suis heureuse de pouvoir vous remercier!