—Pourquoi donc? dit Sixte. Parce que vous m'avez trahi?... Per bacco, d'abord cela prouve que vous avez de l'énergie, et j'aime les gens énergiques, moi! Ensuite, vous êtes revenu à temps dans le giron de la véritable Eglise... Eh! j'ai gardé des pourceaux, moi, si vous avez fréquenté des traîtres!... Mon successeur, termina le pape, sera celui qui m'aura aidé à vaincre la terrible ennemie que m'a suscité Satan. Or, c'est vous, mon bon Rovenni, qui m'apportez cette joie inespérée...
Plus convaincu que jamais, Rovenni s'inclina en frémissant d'espoir.
—Sait-elle où je suis? reprit tout à coup le vieillard.
—Elle vous croit en Italie, Saint-Père, bien loin de supposer que vous êtes aux portes de Paris. Elle a connu votre entrevue avec le roi de Navarre et en a usé avec une grande habileté pour décider le duc de Guise.
—Navarre! murmura Sixte-Quint. Le huguenot!
—Que vous avez excommunié, Saint-Père, et exclu de tout droit à quelque trône ou principauté que ce soit!...
—Certes! dit Sixte avec un sourire. Mais si l'hérétique rentrait dans le sein de l'Eglise!... Si Henri de Béarn abjurait, l'excommunication serait levée, entendez-vous, Rovenni?. Henri de Béarn reprendrait tous ses droits. Je lui aurais ainsi donné la couronne de France... mais j'aurais du même coup décapité l'hérésie!...
—Vos vues sont sages et profondes, murmura Rovenni.
—Les hommes sont des pourceaux. Il faut donc leur promettre ample glandée si on veut les faire rentrer, au soir... Le soir est venu pour moi, Rovenni. Il faut que je fasse rentrer mon troupeau avant de me coucher. Mais laissons Navarre pour le moment. Vous dites donc qu'elle ne sait pas que je n'ai pas quitté la France?
—Elle vous croit en Italie, répéta Rovenni.