—Vive Henri le Saint!...

C'était la procession qui donnait ainsi son avis, si bien que Crillon se demanda un instant s'il ne ferait pas mieux de fermer les portes et de laisser hors des murs les trois quarts des pénitents qui attendaient. Mais Crillon, brave, se dit qu'il serait ridicule d'avoir l'air de redouter des porteurs de cierges. Ordonnant donc à ses hommes, d'un coup d'oeil, de surveiller étroitement les arrivants, il se dirigea vers la cathédrale. Guise suivait avec ses gentilshommes. Derrière ce groupe, venait la procession des Parisiens que les gens de la ville, du haut de leurs fenêtres, examinaient curieusement et non sans une certaine sympathie.

L'apparition de Jésus, suant sous son énorme croix de carton et plus flagellé que jamais, fut saluée par un long murmure de pitié.

Devant la cathédrale, la foule était plus serrée, plus nerveuse, et Guise put lire sur tous ces visages de bons provinciaux la curiosité passionnée qu'il inspirait. En effet, Henri III, après sa fuite, avait été accueilli par les habitants de Chartres avec courtoisie, mais sans enthousiasme. Là, comme dans tout le royaume, le nom de Guise était populaire et celui du roi méprisé ou détesté.

Le duc jeta les yeux autour de lui, comme pour chercher s'il n'apercevait pas le moine. A ce moment, les portes de l'immense cathédrale s'ouvraient, et une foule de gentilshommes en sortaient, refoulant les bourgeois. En même temps les soldats de Grillon, par une habile manoeuvre, coupèrent la procession et ne laissèrent autour de Guise qu'une dizaine de ses familiers.

—On se méfie de nous, ici! dit le duc en fronçant le sourcil.

—Non pas, monseigneur, on vous rend les honneurs, répondit Grillon.

Joyeuse, quelques-uns de ses apôtres et ses deux flagellants se trouvaient dans ce cercle formé par les gens d'armes, les gentilshommes royaux et la foule.

—Frappez! Frappez! dit Joyeuse.

Les deux flagellants se mirent à frapper à tour de bras, avec leurs fausses lanières.