—Monseigneur Jésus, vous m'avez appelé, moi, pauvre roi que ses sujets ont frappé, abandonné, chassé! Me voici, mon doux seigneur Jésus! Et, puisque vous avez tant fait que de m'appeler à votre aide, laissez-moi essuyer le précieux sang qui coule de vos plaies!...

A ces mots, Henri III se releva, saisit son mouchoir et se mit à essuyer Joyeuse.

La foule est mobile dans ses sentiments. A la vue du roi s'agenouillant devant le figurant qui représentait Jésus, s'incorporant pour ainsi dire à la procession parisienne, des applaudissements furieux éclatèrent. Le roi leva les bras pour commander le silence.

—Qu'on saisisse ces deux misérables! cria-t-il en désignant les deux flagellants effarés; qu'on les jette en prison et puis qu'on les pende haut et court!

—Mais, sire, bégaya Joyeuse, Votre Majesté fait erreur... ce ne sont pas eux...

—Ainsi seront traités les ennemis de Dieu et de l'Eglise! cria Henri III.

Une immense acclamation salua ces paroles, et, cette fois, ce fut un grand cri de «Vive le roi!» qui monta jusqu'au ciel; Henri III eut un éclair dans les yeux. Alors, il se tourna vers le duc de Guise:

—Mon cousin, dit-il, allons louer et bénir le Seigneur de la grande joie qu'il nous accorde en ce jour. Et puis, nous écouterons en l'hôtel de messieurs les échevins de cette bonne ville les plaintes que nos Parisiens vous ont chargé de nous transmettre. Et, tournant le dos à Guise, il se dirigea le premier vers le portail central ouvert à deux battants.

—Oh! gronda Guise en lui-même, ce fantôme de roi ose me braver et se moquer de moi! Et j'hésitais!...

Il suivit avec ses gentilshommes et pénétra dans l'énorme église, où la messe d'action de grâces fut aussitôt commencée. Dehors, la foule des pénitents parisiens et des bourgeois de Chartres confondus prenait de cette messe ce qu'elle pouvait en prendre, c'est-à-dire ce qui lui arrivait de cantiques et de bénédictions par les portes ouvertes.