LA LETTRE

Le duc avait passé la nuit, les coudes sur la table devant laquelle il s'était assis, la tête dans les deux mains. Au bruit que fit le serviteur, il se réveilla de cette longue torpeur et vit qu'il faisait grand jour.

«Adieu, murmura-t-il, adieu, Violetta, jeunesse, amour!... Tout cela est mort!... Pensées d'amour et de jeunesse, éteignez-vous comme ces flambeaux, et laissez la place aux rêves d'ambition!... Le duc de Guise amoureux de la petite bohémienne n'est plus... Guise le conquérant. Guise roi de France et empereur, à l'oeuvre!»

Il fit ouvrir les portes de son cabinet, et la foule de ses gentilshommes y entra.

«Messieurs, dit le Balafré d'une voix forte. Sa Majesté le roi à convoqué les états généraux. Il me semble donc que notre place est non pas à Paris mais à Blois, où de grands événements nous attendent peut-être. A cheval, donc, messieurs, nous partons dans une heure!...»

Les courtisans se retirèrent, empressés, pour faire leurs préparatifs de départ. Le duc s'assit alors, et écrivit la lettre suivante:

«Madame,

Vous m'avez si bien convaincu que je ne veux pas attendre une minute pour commencer l'exécution de l'admirable plan que vous m'avez développé. Ce n'est donc ni dans un mois ni dans huit jours que je me rendrai à Blois. J'y vais tout de ce pas. C'est donc à Blois même que j'aurai l'honneur de vous attendre, afin de hâter ces deux événements que je souhaite avec une égale ardeur: la mort de qui vous savez et l'union des deux puissances que vous connaissez. —Henri, duc de Guise... pour le moment.»

Guise cacheta sa lettre et, regardant autour de lui, ne vit que Maurevert.

—Tiens! fit-il avec une rude ironie, vous êtes là, vous?