Maurevert la lut et la relut, d'abord avec une grimace désappointée, puis avec un battement de coeur, puis avec la sourde joie de l'homme qui a déchiffré une énigme...

Alors, il commença à se livrer à une autre opération: il recopiait la missive, lettre par lettre, recommençant dix fois sa copie, jusqu'à ce qu'enfin il eût obtenu une imitation parfaite de l'écriture de Guise. Puis, il brûla les mauvaises copies, et écrasa de son pied les cendres légères qu'elles faisaient. Puis, après un travail qui amena à son front des gouttes de sueur, il finit par enlever le cachet de la vraie lettre et l'adapta sur la fausse.

«Ceci pour Fausta», dit-il en recachetant la fausse lettre.

Puis, avec un sourire livide, regardant la vraie lettre, celle qui était de la main de Guise:

«Et ceci... Ce sera pour le roi de France!»

Alors, il cacha la missive de Guise dans une poche secrète de son pourpoint; et, tenant à la main la copie qu'il venait de faire, descendit, sauta à cheval, et se rendit tout droit au palais de la Cité. Quelques instants plus tard, la fausse lettre était entre les mains de Fausta...

XXII

LA ROUTE DE DUNKERQUE

Pardaillan, après le départ de Fausta et de Guise, était demeuré à sa place, dans la galerie, assez abasourdi de ce qu'il venait d'entendre.

«Mordieu! songea-t-il, quel dommage que cette femme soit pétrie de méchanceté! Du courage, de grandes pensées, une éclatante beauté... quel admirable type de conquérante!»