Ces forces considérables étaient sous la main d'un hardi capitaine qui avait fait ses preuves sur plus d'un champ de bataille. C'était le brave Crillon. Les troupes de Crillon occupaient le château et la ville.
Le roi était donc défendu, bien défendu. Malgré cela, la sécurité de Guise était complète.
Il savait, en effet, que chacun des cent cinquante gentilshommes qui l'accompagnaient avait mis en lui toutes ses espérances et toute sa fortune future. Il n'en était donc pas un qui ne fût prêt à se faire massacrer pour sauver le chef. Il savait en outre qu'une fois arrivé à Blois il allait trouver les députés des trois ordres, et que, parmi ces députés, seigneurs, bourgeois, prêtres, il n'en était pas un qui ne lui fût dévoué corps et âme. En réalité donc, il allait être le véritable maître aux états généraux.
C'est de ces diverses choses que causait Guise pendant sa dernière journée de marche. Il était entouré à ce moment de huit ou dix de ses plus intimes qui, formant peloton, marchaient en avant du gros de l'escorte. Et, peu à peu, dans ce groupe d'intimes, une sélection s'était faite, en sorte que le duc avait fini par se trouver en avant, entre Bussi-Leclerc et Maineville, ses inséparables, ceux pour qui il n'avait rien de caché.
Dans le petit clan que formaient ainsi le duc et ses deux fidèles agents, il était tout naturellement question de Pardaillan.
—Enfin, disait Maineville, nous voilà débarrassés du quidam. Mais, pour mon compte, j'en éprouve quelque regret. La noyade fut trop douce pour lui...
—C'est vrai, renchérit Bussi-Leclerc, et, quant à moi, j'eusse éprouvé quelque plaisir à lui rendre...
—La leçon d'escrime qu'il te donna? fit Maineville en riant.
—Non, pardieu! Cela, je le lui ai rendu... Ne te rappelles-tu pas que je le désarmai dans la Bastille?
—Je n'y étais pas... ainsi...