—Avec quoi?... Avec ton cheval, pardieu! Ton cheval, ta rapière et tes pistolets d'arçon.

—Oui, mais avec quel argent? Est-ce avec les deux mille livres que le duc me doit et qu'il me devra longtemps encore, hélas? Est-ce avec ma paye d'officier qui est en retard de cinq mois?

Maineville eut une minute d'hésitation, poussa un soupir et proféra enfin:

—Ecoute, j'ai quelque chose comme deux cents pistoles qui s'ennuient dans mon portemanteau. Fais-les voyager, cela nous rendra service à tous les trois: à toi qui auras de quoi voyager, aux pistoles qui verront du pays, et à moi qui ne serai plus tenté de jouer à la bassette.

—Voilà donc, dit amèrement Maurevert, à quoi auront abouti dix ans de bons services. Je suis obligé de fuir comme un vrai félon, comme un traître!

—Je me charge de ta rentrée en grâce, dit Maineville, avec vivacité. Je prouverai ton innocence. Et le danger écarté, tu reviendras. Est-ce dit?... Pars-tu?...

—Il le faut bien, mort au diable!

—C'est bien. Dans vingt minutes, tu as les deux cents pistoles.

—Cent me suffisent. Je n'irai pas loin. J'irai... tiens: j'irai à Chambord, et je t'attendrai là.

Maurevert s'habilla aussitôt, serra précieusement sur lui divers papiers et notamment le bon de cinq cent mille livres payables le lendemain de la mort de Guise. Bientôt Maineville parut. Il apportait les deux cents pistoles. Maurevert en prit cent. Les deux amis s'embrassèrent, puis descendirent ensemble.