Pardaillan tressaillit et regarda fixement Fausta. Une minute, leurs regards se croisèrent. Fausta était pâle comme la mort.

—Monsieur, dit-elle, plus ne m'est rien, rien ne m'est plus. Je ne suis vivante qu'en vous. M'acceptez-vous telle que je suis dans votre pensée, dans votre coeur, dans votre vie?... Telle que je suis: criminelle, peut-être, hideuse, sans doute, capable sûrement d'inspirer l'effroi et l'horreur par mes actes, car mes actes viennent de pensées incompréhensibles. Telle que je suis... Un mot: m'acceptez-vous? Je vis! Vous écartez-vous de moi? Je suis morte... Un mot? Non! Pas même: un geste. Si je dois vivre, tendez-moi la main...

Le visage de Pardaillan se fit plus fermé, plus glacial.

Cette pensée foudroyante venait de traverser son cerveau:

«Elle ment! Ce n'est pas sa mort qu'elle veut! C'est la mienne...»

Il resta immobile... Fausta poussa un soupir atroce. Elle leva vers le ciel noir et chargé de neige ses yeux profonds. Et, au fond de ses paupières, Pardaillan vit scintiller deux larmes, diamants purs qui se volatilisèrent au feu de ses joues enfiévrées...

En même temps, Fausta rassembla les rênes de son cheval. Puis, brusquement, elle frappa la bête d'un coup d'éperon furieux, en le maintenant tête au parapet du pont. Elle lâcha les rênes. Le cheval se cabra, hennit de douleur, et, dans le même instant, franchit le parapet, sauta, tomba dans le vide... Dans la seconde qui suivit, Fausta disparut dans les tourbillons de la Loire...

—Fausta! hurla Pardaillan.

Et, ce nom qu'il prononçait pour la première fois, ce nom retentit en lui-même comme un coup de tonnerre qui suit l'éclair. Or, à la lueur de cet éclair qui incendiait sa pensée, Pardaillan lut dans son esprit ce sentiment qui l'accabla de stupeur et d'épouvanté:

«Je ne veux pas qu'elle meure!»