Dans le même moment, il sauta par-dessus le parapet, dans le vide... dans la Loire!... Pardaillan alla d'abord au fond de l'eau. Mais il garda la conscience précise de tous ses faits et gestes.

L'eau grondait à ses oreilles. Il était aveuglé. Ses vêtements le gênaient. Mais, d'un vigoureux coup de talon, il remonta à la surface; un remous le prit alors, et, pendant quelques instants, il disparut encore sous les eaux grises,.. puis sa tête se montra, il jeta un rapide regard devant lui, et vit le cheval de Fausta qui, nageant vigoureusement, essayait de se diriger vers le bord...

Mais elle! oh! elle!... il ne la vit pas. Et, de cette même voix d'angoisse qui l'avait épouvanté, il cria éperdument:

—Fausta!...

Tout à coup, il la vit!... Elle se laissait entraîner. On ne voyait en elle aucun de ces gestes instinctifs qu'ont tous ceux qui se noient, même quand ils ont voulu fortement la mort. Peut-être était-elle morte déjà...

Pardaillan se mit à nager vers elle, dans une telle ruée, dans une si violente volonté de la rejoindre, qu'il semblait fendre les eaux. Au moment où Fausta allait s'abîmer tout à fait sous les flots, il la saisit par un bras...

Quelques minutes plus tard, il prenait pied sur un rivage bas et sablonneux, non loin de l'endroit où le cheval de Fausta venait lui-même de regagner le bord et se secouait. Fausta n'était pas évanouie. Elle venait d'ouvrir les yeux et considérait Pardaillan avec une mortelle expression de désespoir et de reproche.

—Pourquoi? De quel droit m'avez-vous empêchée de mourir?... demanda-t-elle.

—Appuyez-vous sur mon bras, dit Pardaillan avec une grande douceur, avec une voix que Fausta ne lui connaissait pas. Appuyez-vous sur mon bras, et je vous conduirai jusqu'à cette cabane de mariniers... nous nous sécherons.

Ce fut tout. Fausta se mit à pleurer. Elle mit son bras sur le bras de Pardaillan et s'appuya sur lui comme il avait dit. Ils tremblaient tous les deux. En marchant, ou plutôt en se laissant traîner, elle pleurait, et il lui semblait que c'était toute sa vie passée qui s'en allait avec ses larmes. Parfois, elle levait les yeux sur Pardaillan... non plus ses yeux de diamants noirs, mais des yeux où il y avait comme une timidité...