Mais l'ancien gouverneur de la Bastille, ivre de fureur et blême de honte, n'entendit rien et courait ramasser son épée. En deux bonds, il l'eut reprise, au fond du fossé, se releva et bondit: à ce moment, il vit Maineville qui battait l'air de ses bras et s'affaissait lourdement, vomissant un flot de sang par la bouche. Un instant, il se tordit, frappa le sol du talon, laboura la poussière de ses ongles, puis il demeura immobile: Maineville était mort...

Bussi-Leclerc demeura quelques secondes comme hébété. Puis il se rua sur Pardaillan qui l'attendait de pied ferme.

—Cette fois, dit Pardaillan, j'envoie votre épée dans la Loire...

Et, en effet, il achevait à peine de parler que le fer de Bussi sauta et alla tomber non pas dans l'eau, mais sur le bord du rivage.

—Ramassez! dit Pardaillan.

Bussi-Leclerc s'assit au rebord du fossé, mit sa tête dans les deux mains et pleura. Pardaillan rengaina sa rapière.

—Excusez-moi, monsieur, dit-il, mais, à chacune de nos rencontres, vous avez voulu me tuer; moi, je n'ai fait qu'exercer vos jambes, avouez que j'en use sans haine avec vous et pardonnez-moi d'être plus agile que vous... ce n'est pas ma faute... allons, ne pleurez pas ainsi, le seul témoin de votre défaite est mort.

—Je suis déshonoré! gronda Bussi-Leclerc.

—Si vous voulez que nous recommencions, peut-être serez-vous plus heureux, dit Pardaillan dans la sincérité de son âme.

Bussi lui jeta un regard furieux.