—Pardieu! fit-il, le tour est bien joué... Oui, vous avez raison, madame! Les états généraux arrangent tout!

—Allez donc, mon fils, allez porter ce coup à Guise... Et, quant à celui qu'on voulait vous porter, à vous, dès ce soir, mes espions auront achevé de me renseigner. Allez à l'hôtel de ville, puis faites votre procession comme si rien ne vous menaçait...

Henri embrassa de nouveau sa mère et se retira. Il était bien le fils de Catherine: s'il ne reculait pas devant un coup d'épée à donner ou à recevoir, la ruse lui semblait la meilleure des armes. Il donna l'ordre de porter douze cierges à Notre-Dame de Chartres pour la mettre dans ses intérêts, puis déclara qu'il était temps de se rendre à l'hôtel de ville.

Dix minutes plus tard, le roi, entouré de ses gentilshommes, marchait à l'hôtel de ville, dans une double haie de soldats que Crillon avait disposés le long du chemin. Derrière chaque haie, la foule silencieuse et presque hostile regardait. C'était sinistre.

La route s'acheva sans le moindre incident, et le roi, étant entré à l'hôtel de ville, prit place sur un trône qui lui avait été élevé dans la grande salle et donna l'ordre d'introduire la députation des Parisiens.

Il semblait que Guise eût compris les soupçons et eût voulu rassurer complètement le roi. En effet, ce n'était pas à l'hôtel de ville que devait se jouer le drame combiné par Fausta: c'était dans la cathédrale que Jacques Clément devait frapper Henri III. Guise avait donc rassemblé hors des murs tout ce qu'il avait de gens en état de se battre, ligueurs et gentilshommes. Aussitôt la réception, il devait les rejoindre et attendre le signal: douze coups de la grosse cloche devaient signifier que le roi était mort; six coups que Jacques Clément avait manqué son attaque.

Le chef de la Ligue entra donc, accompagné seulement de quelques bourgeois que conduisait Maineville. A l'aspect de cette si faible troupe, le roi respira. Guise traversa la salle dans toute sa longueur. Il était calme et grave. Parvenu devant le trône, il s'inclina profondément.

—Mon cousin, dit gracieusement le roi, il paraît que quelque sujet de discorde s'est élevé entre mes bons Parisiens et moi. On m'affirme que vous avez voulu recueillir les plaintes de mes sujets pour me les apporter. Parlez donc hardiment, et soyez sûr que je suis résolu à donner pleine satisfaction à toute plainte.

—Oui, sire, répondit Guise; c'est le premier devoir de la noblesse de soutenir le roi... C'est pourquoi, sire, je suis resté à Paris pour représenter aux bourgeois combien il était nécessaire de rétablir une paix durable entre le roi et ses sujets. Là se borne mon rôle. Et, quant aux plaintes des Parisiens, je n'ai pas eu à les recueillir. Si j'ai eu le bonheur de décider les Parisiens à se réconcilier avec Votre Majesté, il ne m'appartient pas de connaître sur quelles bases doit se faire la paix...

Ces paroles, à la fois modestes et fières, laissèrent le roi impassible.