—Madame, s'écria le chevalier, il faut que je rattrape cet homme. Quelle direction a-t-il prise?...
—La route de Châteaudun...
—Avez-vous un bon cheval contre les cinquante écus de six livres que voici?...
—Et un fameux, qui file comme le vent!...
Quelques instants plus tard, Pardaillan s'élançait sur un cheval que, d'un coup d'oeil, il reconnut bon coureur.
Bientôt, il vit se dessiner à l'horizon les premiers plans d'une masse d'arbres dépouillés de leur feuillage et dont les branches nues se tordaient dans le ciel triste, comme des bras éplorés. C'était la forêt de Marchenoir, qu'il lui fallait traverser d'un bout à l'autre.
Il y avait vingt minutes qu'il était entré sous bois. La forêt de hêtres et d'ormes s'animait, autour de lui, d'une vie fantastique. Les bouleaux fuyaient derrière lui, pareils à des fantômes blancs. En avant! Le cheval bondissait, fendait l'air et dévorait l'espace.
Soudain, Pardaillan frissonna des pieds à la tête et devint pâle comme un mort: à une faible distance devant lui, derrière un tournant du bois, il entendit un hennissement... Deux minutes plus tard, il aperçut le cavalier qui courait devant lui, et un sourire terrible, féroce, effrayant, tordit ses lèvres... Ce cavalier, c'était Maurevert!...
Maurevert galopait sans tourner la tête. Il se savait poursuivi. Il savait qu'il allait mourir!... Il galopait, ou plutôt se laissait entraîner par son cheval qu'il ne frappait même plus...
Son visage, d'une pâleur de cadavre, avait parfois d'effrayantes contractions... et, parfois aussi, il lui semblait que son coeur s'arrêtait de battre, puis, brusquement, ce coeur se mettait à frapper des coups terribles dans sa poitrine et bondissait, affolé, éperdu...