Depuis seize ans, Maurevert avait peur... peur de Pardaillan! Non pas peur de la mort, mais peur de la mort que lui donnerait Pardaillan; non pas peur de se battre, mais peur de se battre avec Pardaillan.
Tout à coup, son cheval, qu'il ne soutenait plus, buta et tomba. Maurevert ne se fit pas de mal en tombant. Il put se relever.
Il n'avait plus aucune idée, aucune pensée. Ses lèvres blanches tremblaient convulsivement. Il vit Pardaillan, à trente pas de lui, qui mettait pied à terre.
Cette vue ranima en lui une étincelle d'énergie; il se baissa vivement, tira un pistolet des fontes de sa selle, mit un genou à terre et visa Pardaillan. Le chevalier marcha sur lui, tout droit, d'un bon pas, et, quand il fut à dix pas, il dit:
—Tire, mais tu vas me manquer...
Maurevert le regarda une seconde. Pardaillan lui apparut dans une sorte de nuage flamboyant où il ne distinguait que l'éclair des deux yeux et l'effrayante menace du sourire. Il fit feu... Et il vit qu'il avait manqué Pardaillan!...
Un arbre se trouva derrière lui. Il s'appuya au tronc, et demeura immobile, ses yeux exorbités fixés sur Pardaillan.
—Lors de notre rencontre sur les pentes de Montmartre, je t'avais fait grâce, dit Pardaillan. Pourquoi as-tu essayé encore de m'assassiner?...
Maurevert ne répondit pas. Pardaillan reprit:
—Assassin de Loïse, toi qui as payé l'aubergiste des Quatre-Chemins pour m'égorger, payé des gens pour m'arquebuser, payé le passeur pour me noyer, réponds, assassin de Loïse, que te ferai-je pour toute la souffrance injuste que tu m'as infligée? Je te laisse le soin de déterminer ton châtiment Réponds.