Maurevert ne vivait plus... il était en agonie... Pardaillan le considéra un instant.
—Puisque tu ne réponds pas. c'est moi qui choisirai ton supplice. Et le voici...
A ces mots, Pardaillan toucha du bout du doigt la poitrine de Maurevert, à l'endroit où il voyait battre le coeur. A ce contact, ce coeur eut un sursaut terrible. Maurevert ouvrit la bouche toute grande, et ses yeux se révulsèrent... Il demeura appuyé au tronc d'arbre, sur ses jambes fléchissantes, et il semblait n'être plus maintenu que par le doigt de Pardaillan appuyé sur sa poitrine.
—Ton supplice, continua le chevalier, le voici: il durera des années, il durera tant que tu vivras; c'est un supplice de honte; toute ta vie, tu te diras que, t'ayant haï, t'ayant poursuivi, t'ayant atteint, t'ayant tenu en mon pouvoir, je t'ai méprisé assez pour te laisser vivre!... Maurevert, tu ne mourras pas!... Assassin de Loïse, voici ton châtiment, Pardaillan te fait grâce!
A ce moment, Maurevert, n'étant plus soutenu, s'inclina sur le côté et s'affaissa mollement...
Pardaillan tressaillit, se pencha sur lui avec une sorte d'étonnement mystérieux, et alors, seulement, il vit que Maurevert était mort!...
Mort!...
Maurevert ne venait pas de mourir lorsque Pardaillan s'était reculé... Maurevert était mort depuis quelques instants déjà... Maurevert était mort à l'instant précis où le doigt de Pardaillan s'était appuyé sur sa poitrine... ce contact avait foudroyé son coeur...
Un médecin qui eût disséqué le corps de Maurevert eût sans doute trouvé qu'il avait succombé à la rupture de quelque vaisseau sanguin. Quant à nous, nous dirons simplement que Maurevert était mort de peur.