UN SPECTRE QUI S'ÉVANOUIT

Pardaillan demeura une heure immobile près de ce cadavre. Une profonde rêverie l'emportait vers les lointains horizons de sa jeunesse. C'était Maurevert qu'il avait sous les yeux et c'était Loïse qu'il voyait.

Il la voyait telle qu'il l'avait vue à la minute de sa mort, au moment où la pauvre petite avait, dans un dernier effort, jeté ses bras autour de son cou et avait fixé sur lui ses yeux désespérés et radieux... contenant tout le rayonnement de l'amour le plus pur et tout le désespoir de l'éternelle séparation...

Et, maintenant, l'assassin de Loïse gisait à ses pieds. Maurevert était mort!...

Alors, il sembla à Pardaillan qu'il n'avait plus rien à faire dans la vie. Mortes ses amours, mortes ses haines, il se voyait seul, affreusement seul, n'ayant plus rien pour le soutenir...

Un instant, l'image de Fausta passa devant ses yeux, mais, cette image, il la regarda passer avec une morne indifférence. Puis, ce fut Violetta, le petit duc d'Angoulême, et quelque chose comme un triste sourire erra sur ses lèvres...

Puis, ce fut le doux visage de Huguette, de la bonne hôtesse, et Pardaillan murmura:

—Là, peut-être, trouverai-je réellement la pierre où le voyageur repose sa tête fatiguée...

Le pas alourdi d'un bûcheron le tira de sa rêverie.

Il se réveilla, se secoua, et appelant le bûcheron, le pria de lui prêter sa pioche, et lui offrit un écu en récompense. Le bûcheron, apercevant le cadavre, obéit en tremblant. Pardaillan creusa une fosse dans la terre dure de gelée. Quand elle fut assez profonde, il y plaça le cadavre de son ennemi, le recouvrit avec la couverture de selle du cheval de Maurevert; puis il combla la fosse et rendit la pioche au bûcheron, qui lui dit: