—Sire, en 72, voilà de cela seize ans passés, j'ai entendu votre illustre mère, Mme d'Albret, m'honorer d'une bonne parole à peu près semblable à celle que vous venez de prononcer.

Le Béarnais se leva, plus ému qu'on n'eût pu l'attendre de lui.

—Ma mère, fit-il... l'an 1572... Pardaillan... attendez donc... Oh! seriez-vous ce Pardaillan qui, un jour d'émeute, sauva Mme d'Albret et qui...

—Sire, dit Pardaillan en souriant à son tour, je vois que vous m'avez reconnu aussi...

—Touchez là, monsieur! dit le roi de Navarre avec cette familiarité qui, plus tard, devait faire le plus clair de sa popularité.

Pardaillan serra dans la sienne la main que lui tendait le roi de Navarre, qui se mit à crier:

—Agrippa!... Holà!... Aubigné!...

L'officier qui escortait le roi au moment où Pardaillan les avait rencontrés apparut dans la tente.

—Agrippa, dit le Béarnais, fais-moi donc envoyer, s'il te plaît, une bonne bouteille de saumurois, afin que j'aie le plaisir de choquer mon verre contre celui de Monsieur que voici, et qui est un ami à moi, un ami de Madame ma mère...

L'officier jeta un regard d'étonnement sur Pardaillan et sortit. Bientôt, un soldat entra, déposa sur la table une bouteille et deux verres, puis disparut. Le Béarnais saisit lui-même la bouteille et, remplit les deux verres.