Dans la prairie, les gens de Latrape allaient et venaient, empressés à faire bon accueil aux pénitents. Ces braves gens avaient fait cuire d'innombrables fournées de pain, mis en perce une trentaine de tonneaux de cidre et de vin, et allumé de grands feux dans la prairie. Devant ces feux rôtissaient des moutons entiers, des quartiers de boeuf et de cochon.

Après cette énorme ripaille, chacun s'enveloppa de son manteau et chercha un coin pour dormir. Dix heures sonnèrent au petit clocher du village.

A ce moment, dans l'avant-dernière maison en allant vers Chartres, deux hommes dormaient côte à côte, étendus sur des bottes de paille de la grange.

Ou du moins, si l'un de ces deux hommes, en proie à quelque insomnie, soupirait et se retournait sur la paille, l'autre dormait pour deux.

Dans cette même maison, non plus dans la grange ni sur la paille, mais dans une chambre assez convenable, dormait un autre personnage. Et qui se fût approché de ce dormeur eût reconnu l'un des plus fidèles, des plus solides et des plus brillants gentilshommes du duc de Guise, c'est-à-dire messire de Bussi-Leclerc en personne.

Comme dix heures venaient de tinter au clocher, quatre hommes s'approchèrent de la maison que nous venons de signaler: c'étaient les quatre fidèles de Henri III qui, profitant de la procession pour rejoindre le roi sans danger d'arrestation, avaient jusque-là voyagé avec elle. C'étaient Montsery, Sainte-Maline, Chalabre et Loignes qui guettaient l'occasion d'exercer leurs talents de spadassins sur la poitrine du sire de Bussi-Leclerc.

—Tu es sûr que c'est là? demanda Sainte-Maline.

—Je ne l'ai pas perdu de vue, répondit Chalabre. Sûrement, nous allons trouver le sanglier dans sa bauge.

—Comment allons-nous procéder? demanda Montsery.

—Moi, je veux me battre avec lui, dit Sainte-Maline.