Picouic, continuant à tenir Jeanne et Violetta chacune par un bras, les conduisit jusqu'à la porte de l'enclos, les fit entrer, et referma la porte.
Mariange, alors, leva la tête pour apercevoir le visage de Picouic, et ce nez pointu, ces yeux en trous de vrille lui plurent sans doute.
—Comment vous appelez-vous? demanda-t-elle.
—Picouic, pour vous servir, ma soeur, ma chère soeur, l'homme le plus catholique de tout Paris, à telles enseignes qu'il sait chanter au lutrin, en voici la preuve!
Sur ce mot, Picouic, d'une voix de fausset qui n'avait rien de désagréable aux oreilles de Mariange, entonna:
«Tantum ergo sacramentum...»
Soeur Mariange joignit les mains avec une béate admiration. A ce moment, la voix basse-taille profonde de Croasse se joignait à celle de Picouic.
—Quelle voix! Quelle voix! répétait soeur Philomène.
Soeur Mariange considérait du coin de l'oeil soeur Philomène qui, palpitante, ne pouvait détacher son regard de Croasse, lequel relevait en croc ses moustaches.
—A coup sûr, songeait soeur Mariange, si je fais accueil à ces deux hommes, la pauvre soeur Philomène va être induite en tentation de péché mortel... Mais, grâce à ce grand bel homme, les deux païennes n'ont pu se sauver.,. Écoutez, maître Picouic... je vois que je m'étais trompée sur votre compte. Vous êtes un homme de coeur... En arrêtant ces deux malheureuses hérétiques au moment où elles s'enfuyaient, vous avez rendu à la révérende supérieure un service qu'elle ne saurait oublier... Je vais de ce pas lui en parler, et vous serez récompensés.