—Et quelle sera notre récompense, ma soeur?...

—Je ferai en sorte que vous soyez choisis comme chantres de notre chapelle.

—Ma soeur, dit Picouic, excusez encore cette question: quel est le paiement accordé à vos chantres?

—Nous ne les payons pas, dit Mariange avec dignité; les ressources du couvent sont trop réduites pour le moment; mais le couvent ne saurait manquer de devenir très riche dans peu de temps... Alors, vous serez payé double...

—Tenez, ma soeur, fit Picouic, j'aime autant vous le dire tout de suite: je suis d'une modestie dont vous n'avez pas idée, je souffre d'avance à l'idée de recevoir les éloges de la sainte et révérende mère abbesse... je vous en prie, ne lui parlez pas de nous...

—Vraiment? fit Mariange, qui d'ailleurs, chargée de veiller sur Violetta, ne tenait nullement à raconter à l'abbesse la tentative de fuite due à sa négligence.

—C'est tel que je vous le dis. Ni mon ami M. Croasse ni moi-même, nous ne voudrions accepter les hautes fonctions de chantres, dont nous ne sommes pas dignes. Nous nous contenterons de ce que vous venez de nous promettre, c'est-à-dire la faveur du ciel, et la vôtre.,.

—Ah! s'écria Croasse, nous ne vous quittons plus!

—Comment, vous ne nous quittez plus! s'écria soeur Mariange interloquée.

—Mon Dieu, oui, nous nous installons ici... Ne craignez rien, ma soeur! Vous serez amplement dédommagée de l'hospitalité que vous allez nous donner. D'abord, nous cultiverons pour vous; ensuite, nous surveillerons étroitement les deux païennes...