Fausta approuva non moins gravement d'une légère inclination de tête et se retira majestueusement, comme elle était entrée, accompagnée par Espinosa qui, soit pour lui faire honneur, soit pour tout autre motif, la conduisit jusqu'à l'antichambre où il la laissa pour revenir assister à l'entretien du roi et de Pardaillan.

Lorsque le grand inquisiteur reprit sa place:

—Monsieur l'ambassadeur, dit le roi, veuillez nous faire connaître l'objet de votre mission.

Avec cette intuition merveilleuse qui le guidait dans les cas graves où une décision prompte s'imposait, Pardaillan avait étudié et compris instantanément le caractère de Philippe II. Il supportait le regard fixe du roi sans paraître troublé et répondit, avec une tranquille aisance, comme s'il eût traité d'égal à égal:

—Sa Majesté le roi de France désire que vous retiriez les troupes espagnoles que vous entretenez dans Paris et dans le royaume. Le roi, animé des meilleures intentions à l'égard de Votre Majesté, estime que l'entretien de ces garnisons dans son royaume constitue un acte peu amical de votre part. Le roi estime que vous n'avez rien à voir dans les affaires de la France.

L'oeil froid de Philippe eut une lueur aussitôt éteinte:

—Est-ce tout ce que désire Sa Majesté le roi de Navarre? fit-il.

—C'est tout... pour le moment, dit froidement Pardaillan.

Le roi parut réfléchir un instant, puis il répondit:

—La demande que vous nous transmettez serait juste et légitime si S. M. de Navarre était réellement roi de France... et qui n'est pas.