Le pape se leva, fit quelques pas, puis revint s'asseoir dans son fauteuil, qu'il tourna vers le feu; il reprit sa rêverie:
—Oui, les quelques jours que j'ai à vivre seront paisibles, car l'aventurière n'est plus!... Il me reste, avant de mourir, à frapper Philippe d'Espagne...
Le pape allongea la main vers le petit meuble et y prit un parchemin qu'il parcourut des yeux.
«Funeste inspiration que j'ai eue d'arracher cette déclaration à la pusillanimité de Henri III... inspiration plus funeste encore que j'ai eue de la garder si longtemps... Maintenant Philippe connaît son existence, et le grand inquisiteur est venu ici me menacer de mort!... Moi!...» murmura-t-il.
Sixte-Quint haussa les épaules:
«Mourir!... ce n'est rien... Mais mourir sans avoir réalisé mon rêve: Philippe chassé d'Italie!... L'Italie unifiée du nord au midi, l'Italie entière soumise et asservie et la papauté maîtresse du monde... Que faire?... Envoyer ce parchemin à Philippe?... Par quelqu'un qui n'arriverait jamais?... Peut-être... L'anéantir?... Ce serait un coup terrible pour Philippe... Aussi bien j'ai juré à Espinosa qu'il a été détruit... Oui... un geste et il devient la proie de cette flamme!...»
Le pape se pencha et tendit vers le foyer le parchemin ouvert sur lequel s'étale un large sceau... le sceau de Henri III de France.
Déjà la flamme mordait les bords du parchemin.
Un instant encore, et c'en était fait des rêves de Philippe d'Espagne. Brusquement Sixte-Quint mit le parchemin hors d'atteinte et, hochant la tête, répéta:
«Que faire?...»