Pardaillan approuva gravement de la tête et les contempla un instant avec une expression d'indicible mélancolie. Enfin, très gravement:

—Messieurs, dit-il, vous êtes de braves gentilshommes. Ce que vous faites, et dont je vous exprime ma gratitude émue, vous sera compté. Pour ma part, quoiqu'il advienne, je ne l'oublierai jamais. Mais—ici il reprit sa physionomie narquoise et son sourire d'ironie aiguë—mais quittez tout souci en ce qui me concerne. Vous pouvez rester ici sans crainte de voir ridiculiser un compatriote. On rira peut-être tout à l'heure, je vous jure qu'on ne rira pas de votre serviteur.

Il y eut un échange de révérences courtoises, et Pardaillan se remit à déambuler.

Tout à coup, il sentit qu'on lui avait marché sur le talon. Il y eut une explosion de rires étouffés chez les courtisans. Pardaillan se retourna vivement et aperçut Barba Roja qui roulait des yeux effarés. C'était sans le faire exprès que le colosse avait marché sur le talon du chevalier. Mais ce banal incident fut un trait de lumière pour lui, car il se frappa le front. Il avait trouvé.

Pardaillan le contempla un instant en souriant, de son sourire froid et railleur.

—Excusez-moi, monsieur, fit-il très doucement, j'espère que je ne vous ai pas fait mal.

Et il reprit paisiblement sa promenade au milieu de l'hilarité générale. A ce moment, il passait près de la porte du cabinet du roi. Il eut dans l'oeil une lueur aussitôt éteinte.

Au même instant, et, coup sur coup. Barba Roja lui marcha sur les talons, Pardaillan se retourna encore et avec son immuable sourire:

—Décidément, monsieur, vous allez me trouver d'une maladresse insigne.

Et il voulut reprendre sa promenade. Mais Barba Roja lui mit la main sur l'épaule. Sous la puissante pesée du colosse, Pardaillan fléchit subitement.