—Je vous écouterai avec intérêt, monsieur, fit Espinosa.
Et, comme les deux moines, soit par lassitude réelle soit sur un signe du grand inquisiteur, esquissaient un mouvement:
—Monsieur, dit paisiblement Pardaillan à Espinosa, ordonnez à ces dignes moines de se tenir tranquilles... J'ai horreur du mouvement autour de moi.
Espinosa fit un geste impérieux. Les religieux s'immobilisèrent.
—C'est parfait, dit Pardaillan. Ne bougez plus maintenant, sans quoi je serais forcé de me remuer aussi...
Et, se tournant vers Fausta et Espinosa, qui, debout devant lui, attendaient:
—Ce qui m'arrive, monsieur, est très simple: lorsque j'eus ramené près du roi ce géant à barbe rousse de qui la cour avait voulu se gausser, et que j'ai dû protéger, je sortis, ainsi que vous l'avez pu voir. Mais vos diablesses de portes sont si pareilles que je me trompai. Je m'aperçus bientôt que j'étais perdu dans un interminable couloir: pestant fort contre ma maladresse, j'errais de couloir en couloir, lorsque, passant devant une porte, je reconnus la voix de madame... J'ai le défaut d'être curieux. Je m'arrêtai donc et j'entendis la fin de votre intéressante conversation.
Et, s'inclinant avec grâce devant Fausta:
—Madame, fit-il gravement, si j'avais pu penser qu'on se servirait de mes paroles pour vous tendre un traquenard et vous extorquer ce parchemin auquel vous tenez, je me fusse coupé la langue plutôt que de parler. Je me devais à moi-même de réparer le mal que j'ai fait sans le vouloir, et c'est pourquoi je suis intervenu...
Tandis que Pardaillan, dans une attitude un peu théâtrale qui lui seyait à merveille, l'oeil doux, la figure rayonnante de générosité, parlait avec sa mâle franchise, Espinosa songeait: